Mémo culture : Écrire l’Histoire, réalités et perceptions

Points saillants du débat d’idées "Écrire l’Histoire : réalités et perceptions", qui s’est tenu le 21 avril 2016. Les quatre panélistes étaient : M. Walter Bgoya, fondateur et directeur de la maison d’édition Mkuki na Nyota, M. Chambi Chachage, étudiant doctorant en histoire à l’université de Harvard, Mme Sophie Dulucq, professeure d’histoire moderne à l’Université de Toulouse et Dr. Marie-Aude Fouéré, enseignante à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS). Le débat a été modéré par Gwamaka Kifukwe, coordinateur de programmes à l’Institut Uongozi.

Pourquoi s’intéresser à l’Histoire ?

L’Histoire est dynamique, c’est un processus qui est en perpétuelle construction par tous. C’est un sujet qui est cependant souvent objet de controverses. Il est important de se poser des questions relatives au récit dominant : qui l’a écrit ? De quelle manière influence-t-il la vie des gens ?

L’Histoire peut être utilisée comme « arme de destruction massive », mais la reconstitution de l’Histoire peut aussi être un outil de reconstruction.

Qui écrit l’Histoire ?

Les historiographes se spécialisent dans la manière dont est écrite l’Histoire et cherchent à retranscrire une version aussi « objective » que possible. Il s’agit d’organiser des données, de les comprendre et de les critiquer. Cependant, l’Histoire est malléable. Elle peut être revue avec différentes perceptions.

Les Etats, les gouvernements, les détenteurs du pouvoir ont les moyens de censurer et d’influencer la manière dont les événements sont retranscrits. Cependant, tout le monde est acteur de la création de l’Histoire. Il ne s’agit pas juste de « grands Hommes ».

L’Afrique a une Histoire et une place dans l’Histoire du monde

Il existe une croyance infondée selon l’Afrique n’aurait pas d’Histoire. La perspective utilisée dans l’écriture de l’Histoire mondiale est biaisée par le monde occidental. Le citoyen tanzanien moyen aura généralement une bien meilleure connaissance de l’Histoire de l’Europe qu’un citoyen français moyen de l’Histoire de l’Afrique.

La tradition de transmission orale et la disparition grandissante des langues locales contribuent à l’oubli de l’Histoire du continent africain.

Des figures historiques africaines de référence devraient être identifiées et promues pour créer un sentiment de fierté et d’appartenance à une Histoire nationale et africaine.

Le mauvais état de l’enseignement de l’Histoire en Tanzanie

Il n’existe pas de manuel d’Histoire défini officiellement en Tanzanie. Au niveau secondaire, le curriculum d’Histoire s’intéresse au monde et à l’Afrique en générale sans focalisation particulière sur la Tanzanie.

Au niveau universitaire, on constate un déclin de l’enseignement de l’Histoire, plus particulièrement à l’UDSM qui était connu auparavant pour la qualité de son enseignement dans ce domaine.

La définition d’un curriculum d’Histoire est une question politique

Un curriculum se définit avec des objectifs clairs qui allient le pédagogique, le scientifique et le politique. En France, la question de la promotion d’une Histoire multiculturelle ou d’une Histoire nationale vectrice d’unité se pose.

La définition d’un curriculum d’Histoire oblige à poser des questions ;celles-ci sont différentes en fonction des pays. En France et plus généralement en Europe, le passé colonial et esclavagiste est une question sensible. Les questions ne sont pas les mêmes en Tanzanie, dont l’Indépendance.

Une révision du programme scolaire tanzanien devra incorporer la diversité ethnique et religieuse du pays tout en promouvant une unité nationale.

Dernière modification : 27/05/2016

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